"Visions of World Benefit & Global Responsibility: Perspectives of McGill Students


Monday, August 6, 2007

Des Valeurs Négligées; 'Le véritable progrès est celui qui unit l'intelligence et l'âme à la poursuite de nobles objectifs.'

Hi everyone! Here is an article that was publish in the journal La Presse on June 20th 2007. It discusses exactly what we have been discussing in class about values and social progress. It is a speech given by André Desmarais, president of Power Corporation. Off course, you have to be able to read French!!! Have fun reading
Marie-France Chartier :)
Le mercredi 20 juin 2007

Des valeurs négligées


André Desmarais a reçu hier un doctorat honorifique de l'École de gestion John-Molson de l'Université COncordia.Photo Ivanoh Demers, La Presse

André Desmarais
La Presse

L'auteur est président et co-chef de la direction de Power Corporation et président du conseil d'administration de La Presse. Ce texte est extrait de l'allocution que M. Desmarais a prononcée, hier, devant les nouveaux diplômés de l'École de gestion John-Molson de l'Université Concordia, qui lui a remis un doctorat honorifique.

L'université - ses professeurs et enseignants - vous ont transmis des connaissances que vous ne possédiez pas à votre arrivée ici. Et forts de ce nouveau bagage, vous allez vous engager dans un milieu bien différent celui du travail, pour la plupart d'entre vous. Vous avez hâte d'entreprendre une carrière, de fonder une famille ou d'agrandir la vôtre et, en tout cas, d'accéder à un niveau de vie décent et à un bonheur gratifiant pour vous et ceux qui vous sont chers.

Je me plais à penser que, après avoir enrichi vos connaissances, vous voudrez acquérir et défendre des valeurs trop souvent négligées ou bafouées de nos jours, à mon avis. Et les valeurs dont je parle ne sont pas celles que l'on trouve dans un bilan financier.
Je pense plutôt à des valeurs humanistes plus impondérables et nobles, telles que l'amour, l'amitié, la compassion, la bienveillance, la tolérance, la générosité et le goût du partage. Ou, pour m'exprimer en termes plus concrets, de même qu'il vous faut de la nourriture pour vivifier votre corps et des idées pour alimenter votre esprit, je crois que vous avez besoin de valeurs pour nourrir votre coeur et votre âme. Car les valeurs font partie du « régime alimentaire équilibré » dont ne peut se passer un citoyen accompli.
J'ai la conviction heuristique que, depuis quelques décennies, nous privilégions plus l'acquisition de la connaissance que l'accès aux valeurs humanistes.

Progrès spectaculaires

Loin de moi l'idée de déprécier l'apport de la connaissance au bien de la société. La connaissance a été la source de progrès spectaculaires dans les sciences la physique, la médecine, la pharmacologie, les communications et bien d'autres disciplines. Mais elle a souvent été galvaudée, comme l'ont aussi été les valeurs, produisant alors des résultats pervers qui ont déstabilisé de nombreuses collectivités dans le monde. L'homme peut déposer des instruments scientifiques sur la lune, communiquer en millisecondes avec l'autre côté de la planète, guérir des milliers de malades avec de nouveaux médicaments. Mais il peut aussi lancer des missiles à des distances énormes avec une précision mortelle. Et s'il n'a pas accès à des armes aussi coûteuses, il peut convaincre un enfant de lui servir d'agent de destruction. La connaissance pervertie facilite alors l'expression et la promotion de parti pris et de préjugés.
Le professeur Jeffrey Sachs affirme que notre génération est la première à pouvoir détruire notre planète, mais la première aussi à pouvoir bannir la pauvreté. Cette vérité est à la fois profondément perturbante et immensément prometteuse. Car tel est le corollaire immédiat de la connaissance: lorsqu'elle prend le pas sur les valeurs, elle peut favoriser des causes nobles ou néfastes avec la même force.
Il est donc important de ne pas oublier que le véritable progrès est celui qui améliore le destin et le bien-être de l'humanité, celui qui est issu de l'alliance entre la connaissance et les valeurs, celui qui unit l'intelligence et l'âme à la poursuite de nobles objectifs. C'est avec un mélange d'angoisse et d'extase, dit-on, que Michel-Ange a conquis la grandeur. Et c'est avec de la sueur et des larmes que vous avez conquis votre diplôme.

Acceptation de la diversité

Concordia a la réputation d'accueillir beaucoup d'étudiants étrangers. Un corps étudiant si divers est un atout précieux. Il forme un creuset de cultures et de traditions différentes qui enrichit notre université et favorise la compréhension et l'acceptation de la diversité.
Il stimule aussi l'intérêt des étudiants et des professeurs pour ce qui se passe dans le monde. Il y a parmi vous trop de gens informés pour que je doive expliquer pourquoi je pense que notre monde est indûment fragmenté. Et je crois pouvoir dire que l'intolérance, les conflits et les disparités ont gravement augmenté depuis quelques années.
L'on dirait que ces facteurs se combinent pour exacerber les tensions entre les peuples, les cultures et les religions. Les communautés sentent le besoin d'affirmer leur identité, craignant apparemment d'être emportées par la vague uniformisatrice qu'entraîne l'hégémonie économique croissante des pays les plus développés. Cette résistance suscite ce que j'appellerais une " culture des différences ". Elle encourage la discorde plutôt que l'harmonie, elle accentue les divergences au détriment des affinités; elle conduit à la fragmentation plutôt qu'à l'unité; elle affaiblit au lieu de renforcer; elle emprisonne les collectivités dans leurs stéréotypes. L'affirmation de différences au détriment des valeurs humanistes communes cause inévitablement un déséquilibre qui peut susciter des tensions improductives. Des instruments de musique disparates ne créent pas un orchestre.
Plutôt que de cultiver seulement nos différences, nous devrions, je crois, promouvoir nos affinités, simultanément et avec autant de conviction, et nous imprégner des valeurs humanistes qui transcendent les barrières entre les races, les cultures et les religions.() J'ai moi-même reçu mon diplôme en 1978, l'époque de la naissance de ce que certains appellent le néo-conservatisme, dont les principaux ténors - Thatcher, Reagan et d'autres - prônaient un amenuisement de la taille des gouvernements et une nouvelle définition du rôle de l'État dans la plupart des sociétés occidentales. Depuis, bien des aspects de leur doctrine ont été adoptés favorisant, entre autres, la réduction des déficits, la compression des effectifs de la fonction publique, la déréglementation, les privatisations. Ce " passage incontournable " était nécessaire car les gouvernements étaient alors trop lourds et envahissants.
Ce que l'on a moins dit, c'est que la redéfinition du secteur public a entraîné un reciblage correspondant du secteur privé.
Les fonctions délaissées par l'État ont dû être assumées par le secteur privé.Et ce délestage a souvent eu d'heureuses conséquences. Il a permis aux particuliers de participer à la prestation de services publics sans être des employés de l'État. Il a ouvert de nouvelles possibilités au public. Il a encouragé la philanthropie, fait prospérer le bénévolat, favorisé le développement des ONG. Tous, nous avons découvert de nouvelles possibilités de participer au progrès de la société. Il est devenu possible pour les citoyens de satisfaire leur désir d'engagement social à travers un heureux mariage entre l'intérêt individuel et les besoins collectifs. (...)

«Surpassez vos parents»

(...) Permettez-moi une anecdote personnelle. Voici quelques années, en 1997 plus exactement, j'ai eu le privilège exceptionnel d'être reçu à Beijing en audience privée par Bo Yibo, l'un des sept grands immortels de la Chine, une idole d'importance véritablement historique. Il avait alors environ 91 ans. J'étais accompagné de mon fils, d'un ami et de sa fille. En entrant dans la salle, Bo Yibo est allé droit vers les enfants. Il les a couverts de ses bras frêles et leur a dit: « Surpassez vos parents car c'est la seule façon de faire progresser l'humanité. »
Nous avons tous été frappés, bien sûr, par la profondeur et la sagesse de ces paroles. Depuis, j'ai bien souvent réfléchi à leur sens. Bo Yibo voulait dire, je crois, qu'un enfant doit laisser après lui un monde meilleur que celui qui l'a accueilli. Un monde matériellement et intellectuellement, mais aussi moralement meilleur que celui dont il a hérité. Un monde dans lequel connaissance et valeurs s'acquièrent et se pratiquent avec un même zèle et une persévérance égale, avec un équilibre plus juste.
Voilà ce que je voulais partager avec vous aujourd'hui. Dans la vie qui vous attend, il vous faudra non seulement des compétences et des connaissances, mais aussi de nobles valeurs humanistes (...). Vous devrez cultiver la persévérance et la ténacité. Exiger moins de vous-même serait condamner l'humanité à régresser. N'oubliez pas que, s'il faut être courageux pour mourir pour une cause, il faut l'être plus encore pour vivre pour elle.
C'est pourquoi je vous invite à adopter, alors que vous entreprenez le voyage de la vie, le noble but que nous a proposé Bo Yibo: « Surpassez vos parents car c'est la seule façon de faire progresser l'humanité. »

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